La France de 2006 est héritière de la France défaitiste, faible, impuissante, moralement lâche, militairement incompétente, socialement inéquitable, des années 1930. La France de 2006 est héritière de la France collaborationniste des années 1940-1945. La France de 2006 est héritière de la France de la cruelle guerre du Rif au Maroc, de la guerre d’Algérie et de ses tortures et exactions, de la guerre d’Indochine et de ses barbaries, de la répression inhumaine de la révolte de Madagascar, etc. etc. Pendant la première guerre mondiale, pendant la seconde, et ensuite, la France impérialiste puis vaincue a été défendue et reconstruite par ses ouvriers et ses soldats, parmi lesquels des sénégalais, des tunisiens, des algériens, des marocains, des vietnamiens, etc. Des vies qu’elles a prises de gré ou de force, de la force de travail dont elle a bénéficié à faible prix, des richesses humaines et naturelles qu’elle a annexé au service de sa politique qu’on peut aujourd’hui qualifier d’indigne, la France est REDEVABLE. Sa richesse actuelle n’étant que le fruit de ses crimes passés, la moindre des choses dans ces conditions est de pratiquer en matière d’immigration et d’insertion une politique de reconnaissance, de bienfaisance et d’ouverture, et non une politique de fermeture, de renvoi, d’exclusion, de déni, de méfiance et de haine.
Dans un contexte international marqué par l’arrogance sans limites d’un « pays de la liberté et du melting-pot » (dont l’histoire n’est pourtant qu’exactions, conquêtes, massacres, esclavage, colonialisme, ingérence, pays actuellement dirigé par un fils de président buveur du pétrole, lui-même élu dans des conditions troubles et peu démocratiques), notre pays (lui-même dirigé par un Président qui devrait être en prison, un Premier Ministre qui pourrait bien s’y retrouver bientôt, et un Ministre de l’Intérieur en-deça de tous soupçons) aligne symboliquement sa politique intérieure à l’égard des immigrés ou descendants d’immigrés, sur le même principe arrogant de droit du fort contre le faible que les Etats-Unis à l’égard des pays arabes dont ils convoitent les ressources. Dans les deux cas, les mêmes genres d’élites capitalistes déploient l’épouvantail du « terrorisme » pour justifier les plus graves iniquités ; dans les deux cas, les décisions sont prises à contre-courant des volontés exprimées par la rue ou les urnes.
S’il y a une question urgente à l’heure actuelle, c’est celle-ci : comment les sociétés occidentales peuvent-elles se débarrasser des Etats et des dirigeants de droite qui agissent au mépris de l’expression démocratique, se comportant ainsi en véritables ennemis des populations dont ils sont censés faire le bonheur ? Comment les populations peuvent-elles se défendre contre la captation et l’utilisation violente par les couches sociales les plus aisées des appareils législatifs, judiciaires et policiers de l’Etat ?