Bablon Ludovic
46 Chemin de la Nerthe
13 016 Marseille
Marseille, Le 21 décembre 05
Objet : contestation de droits.
Madame, Monsieur,
Un courrier de vos services daté du 13/12/2005 m’informe que la déclaration d’un paiement en droits d’auteur (en mai 2005) pour un feuilleton littéraire publié en 2005 dans un magazine, me fait perdre le RMI dont j’étais bénéficiaire pour juillet, août et septembre* mes ressources étant « supérieures au plafond ». J’avais cru connaître les règles de cumul total et partiel de l’allocation RMI et des revenus d’activité ; je me trompais, on m’informe aujourd’hui par téléphone que le cumul total ne peut s’appliquer qu’une fois, dans une vie de RMIste.
J’exerce le difficile métier d’Auteur - traditionnellement sous-payé, rémunéré par un capital symbolique qui ne paie pas le loyer. Le feuilleton dont il est parlé ci-dessus, en dix épisodes, qui m’ont pris un temps de travail insituable (l’écrivain ne travaille pas de telle heure à telle heure de tel jour à tel jour) mais équivalent à plusieurs mois, m’a rapporté 1370 euros - soit 137 euros l’épisode, c’est-à-dire presque rien : déjà prise à la gorge par ses propres conditions d’exercice, cette revue n’avait pas les moyens de me rémunérer plus. La déclaration de ce feuilleton me coûte donc la privation de 3 mois de RMI, soit 1276,2 euros. En travaillant plusieurs mois j’ai donc gagné tous comptes faits : 93,8 euros.
Cette somme représente en fait ce que le marché dit que vaut mon talent, MOINS ce que les règles de cumul en vigueur disent qu’il ne vaut pas. En supprimant mon RMI alors que je vis déjà dans des conditions de précarité intensive (j’ai 28 ans et je suis piéton depuis toujours ; je n’ai jamais pour vivre un espace de logement supérieur à 30m2 ; pour travailler je dois LIRE : pour lire, dans l’impossibilité d’acheter des livres, je dois les emprunter en bibliothèque dont les fonds ne sont pas toujours pertinents ; privé de RMI, je dois payer le bus à Marseille, un abonnement de 40 euros par mois ; je fais toutes mes courses dans les magasins discount ; etc etc), vous me paupérisez encore plus, me démoralisez, me renvoyez de mon travail (dont mon lectorat estime pourtant qu’il représente une richesse) l’image la plus défavorable.
Je voudrais savoir s’il est possible de revenir sur la confirmation de décision du 13/12/2005. Et de me réattribuer rétrospectivement le RMI pour les mois de juillet et août.
De plus, je m’étais informé sur Internet des règles de cumul ; je n’ai vu nulle part qu’on n’y avait droit une fois ; je ne doute pas de cette information, mais s’il vous était possible de me fournir des textes comportant explication claire des choses à savoir corollaires aux minima sociaux et à l’exercice de ma profession d’auteur rémunéré en droits d’auteur ou en honoraires, je vous en saurais gré. Je suis écrivain, non pas juriste.
J’ajoute ceci : les services sociaux ne me posent que des problèmes et m’empêchent la plupart du temps de travailler. La Commission Locale d’Insertion de Montpellier m’a refusé une aide concernant l’édition d’une présentation de mon dernier roman, qui a plutôt reçu des éloges de la part de la critique ; j’avais pourtant été conduit à imprimer ce document par un conseil (apparemment pas très avisé) de l’association ARFACS d’ « aide aux RMIstes-artistes », qui m’avait assuré que j’obtiendrais cette aide, eût égard à mes efforts conséquents pour « m’en sortir » et sauvegarder ma dignité. Laquelle association, censée me guider dans mes démarches d’auteur, n’avait aucun conseiller compétent et m’astreignait à des rendez-vous fréquents et stériles - plus semblables à une intimidation morale, à vrai dire, qu’à un soutien. Actuellement, la CAF de Marseille délaye sans cesse la prise en compte de mon dossier RMI et aide au logement, et me demandant toujours plus de pièces justificatives, et me conduit à puiser dans mes dernières ressources, en attendant sans doute ma mise à la rue et ma clochardisation définitive. L’ANPE cherche également à me surveiller, depuis longtemps, et bien qu’elle ne m’ait jamais rien proposé de valable à part postuler au Prix Goncourt ou devenir plombier-soudeur, voudrait que je lui rende des comptes mensuels.
La seule possibilité d’existence digne est-elle un salariat capitaliste lié à la production de biens matériels ? Tout activité culturelle est-elle proscrite par les institutions d’aide sociale ? Le fait d’écrire, et de bien écrire, est-il perçu comme une entorse condamnable au bon fonctionnement de la société marchande ? Un écrivain a-t-il le droit de jouir financièrement du fruit de son travail ? S’il existe des textes juridiques et règlementaires en ce sens, merci d’avance de me les fournir.
Ludovic Bablon.
* Note : Le mois de septembre est théorique puisque j’ai déménagé de Montpellier à Marseille le 1er septembre. J’ai d’ailleurs immédiatement remboursé un trop-perçu de mon allocation-logement pour ce mois.